Pour comprendre le risque que représente l’IA pour les archivistes, il ne suffit pas de voir ce métier comme le simple classement de fichiers papier et numériques. L’IA devient indéniablement performante pour attribuer des identifiants, améliorer la recherche, effectuer l’OCR et générer des résumés. Mais préserver la provenance, déterminer la bonne unité de conservation pour des documents dont la valeur est incertaine et ajouter suffisamment de contexte pour éviter les contresens exigent toujours un jugement spécialisé.
Dans les années à venir, les archivistes seront appréciés non pas comme des gardiens de magasins d’archives, mais comme des concepteurs de la manière dont les documents traversent le temps. Plus l’IA aide à créer les catalogues, plus la responsabilité humaine demeure en matière de politique de collecte, de priorités de conservation, de règles d’accès et de sens attaché aux documents originaux.
Tâches les plus susceptibles d’être remplacées
Même dans le travail d’archives, les parties du classement documentaire qui suivent des formats stables sont particulièrement exposées à l’automatisation. Les traitements préalables qui facilitent la recherche dans les archives continueront de s’automatiser.
L’OCR et le prétraitement de la transcription
L’extraction du texte de documents papier et de documents sous forme d’images peut être considérablement simplifiée grâce à l’IA et à l’OCR. Le besoin de tout saisir manuellement continuera de diminuer, et le rôle se déplacera vers la vérification et la correction.
L’extraction automatique des métadonnées de base
Des informations comme les dates, les auteurs, les noms d’organismes et les termes fréquents peuvent souvent être extraites automatiquement à partir d’indices reconnaissables. Le travail de création d’une première notice de catalogue devient beaucoup plus léger et plus facile à automatiser.
La rédaction de notices de catalogue standard
Face à des ensembles de documents qui suivent un format commun, l’IA peut proposer des titres et des résumés. L’intérêt de rédiger chaque notice à la main selon le même schéma diminue, tandis que la vérification finale du contenu gagne en importance.
L’orientation initiale des recherches par mots-clés
L’IA peut aider à orienter de manière générale les utilisateurs qui recherchent des documents sur un thème donné. Toutefois, juger si les résultats sont réellement pertinents et ajuster le vocabulaire de recherche au besoin reste une tâche humaine distincte.
Ce qui restera
La valeur qui reste aux archivistes réside dans l’évaluation des documents en pensant à leur utilisation future. Leur rôle n’est pas simplement de conserver des archives, mais de décider ce qui doit être conservé et de quelle manière. Tracer cette limite engage toujours une responsabilité humaine.
Préserver la provenance et l’ordre originel
Un même document peut avoir un sens très différent selon son origine et le processus de travail dans lequel il a été produit. Préserver à la fois le contenu et le contexte, la séquence et l’emplacement est difficile à assurer par un simple classement mécanique.
Trancher sur la valeur archivistique
Tout ne doit pas être conservé indéfiniment. Les archivistes doivent toujours établir des priorités en fonction de la valeur d’usage future, de la valeur juridique et de l’importance des documents pour la mémoire de l’organisation. Les personnes qui comprennent le contexte des archives prennent de meilleures décisions de conservation.
Apprécier l’étendue de l’accès et les droits
Les documents qui touchent aux données personnelles, au droit d’auteur, à la confidentialité ou à des restrictions imposées par les donateurs ne peuvent pas être traités sous le seul angle de leur facilité de recherche. La décision finale sur ce qui peut être rendu public et sur le type de mention ou de restriction nécessaire reste un travail humain.
Ajouter du contexte pour éviter les contresens
Un document ne transmet souvent pas bien sa signification à lui seul. Les utilisateurs peuvent avoir besoin d’éléments de contexte, de documents connexes et de conseils de lecture. Les archivistes font plus que renvoyer des résultats de recherche : ils favorisent une interprétation correcte.
Compétences à développer
Pour les archivistes, la valeur à long terme dépend non seulement des techniques de conservation, mais aussi de leur capacité à façonner le sens et l’usage futur des documents. Ils doivent bien utiliser les outils tout en sachant clairement à quels endroits le jugement humain doit garder la main.
Comprendre la gestion des documents et l’archivistique
Une solide maîtrise de notions comme l’ordre originel, la provenance, les durées de conservation et la politique de collecte aide les archivistes à ne pas accepter sans examen les suggestions générées par l’IA. La théorie permet de protéger plus facilement les archives contre un mauvais traitement.
Le jugement en matière de droits, d’accès et de confidentialité
Sans une bonne compréhension du droit d’auteur, de la vie privée et des restrictions d’accès, il devient trop facile de privilégier la commodité au détriment de la sécurité. Concevoir des archives à la fois exploitables et responsables exige aussi de prêter attention aux conditions juridiques et contractuelles.
Concevoir la recherche et l’expérience utilisateur
Les archivistes doivent savoir décider comment structurer les champs du catalogue et les mots-clés pour que spécialistes comme grand public puissent explorer efficacement les fonds. Ceux qui savent concevoir non seulement la conservation, mais aussi un usage porteur de sens, restent particulièrement précieux.
Évaluer les outils de classement assistés par l’IA
L’OCR, la synthèse et les suggestions de classification sont utiles, mais les archivistes doivent comprendre où ces outils échouent. Les professionnels capables de concevoir des étapes de vérification au lieu de faire aveuglément confiance aux outils sont ceux qui ont le plus de chances de conserver leur valeur.
Évolutions de carrière possibles
L’expérience d’archiviste se prête bien à d’autres fonctions qui exigent un traitement attentif des documents, du contexte et de la structure de l’information. Les personnes qui ont géré l’information avec exactitude et en tenant compte du contexte transposent souvent bien ces atouts.
L’expérience de l’organisation des fonds pour que les usagers puissent les trouver et y accéder en toute confiance se transpose directement au fonctionnement d’une bibliothèque. Cette voie convient aux personnes qui veulent passer de la conservation proprement dite à la constitution d’un fonds de connaissances utilisé plus activement au quotidien.
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La capacité à établir la provenance des objets et des documents et à les présenter dans un contexte porteur de sens est aussi un atout de poids pour les expositions et la gestion des collections. Cette voie convient aux personnes qui veulent passer de la conservation à la médiation auprès du public.
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L’expérience de la lecture des sources originales et de la décision attentive de ce qui doit être tenu pour un fait a aussi une valeur évidente dans la recherche historique. Cette voie convient aux personnes qui veulent aller au-delà du classement et de la conservation pour s’engager dans une interprétation et une argumentation plus approfondies.
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Responsable de la conformité
Les personnes attentives à l’exactitude des documents, aux règles de conservation et à la gestion des versions réussissent souvent bien dans l’application des politiques internes et la gestion des pistes d’audit. Cette voie convient à celles qui veulent mettre leur souci d’archives fiables au service de la gestion des organisations.
L’expérience consistant à organiser des contenus complexes sous des formes consultables ultérieurement se transpose aussi bien à la conception de documentation technique. Cette voie convient aux personnes qui veulent passer de l’organisation de documents en vue de leur conservation à la structuration de documents en vue de leur utilisation.
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Un travail de fond minutieux, comme l’établissement d’inventaires, la vérification des sources et le repérage des documents manquants, est tout aussi important dans le soutien à la recherche. Les personnes à l’aise avec les sources primaires évoluent souvent naturellement vers des fonctions qui soutiennent les fondations d’une enquête.
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Résumé
Le besoin d’archivistes ne va pas disparaître. Mais plus les catalogues et les outils de recherche deviennent faciles à générer, plus le poids du jugement humain en matière de conservation devient visible. Le classement de routine sera peut-être simplifié, mais les personnes capables de protéger la provenance, la valeur archivistique, les limites d’accès et le contexte d’utilisation resteront indispensables. Dans les prochaines années, l’essentiel sera de devenir non pas quelqu’un qui se contente de ranger des documents, mais quelqu’un qui transmet le sens des archives à l’avenir.